Du chantier narratif à l’"architexture" des tours dans les Chroniques de l’asphalte de Samuel Benchetrit

Fabrizio Impellizzeri
2018-01-01

2018
978-88-6056-564-8
Auteur de six romans, deux pièces de théâtre et six films, Samuel Benchetrit, d’origine juive marocaine, est né en 1973 à Champigny-sur-Marne dans la banlieue parisienne. Même si son attention semble vouée au cinéma, à 30 ans, il décide d’entreprendre l’écriture de sa biographie en cinq volumes qu’il intitule Chroniques de l’asphalte. Cette « comédie humaine » polyptique, sous forme de chronique, se développe entièrement autour d’un mouvement centripète urbain qui part de la banlieue pour aboutir vers Paris, point « capital » de son ambition. « Le temps des tours » est ainsi le premier des trois romans qui composent actuellement le projet des Chroniques et renferme en son texte le corpus de ma proposition puisqu’il se « construit » entièrement dans la cité des HLM et de ses tours en bétons. Mis à part le lexique de la copropriété, et des histoires qui s’y passent, les seize chapitres du roman portent curieusement le nom d’un étage ou d’un élément d’usage collectif de l’immeuble comme l’ascenseur, la cave ou le toit. La narration progresse en hauteur et « monte », au fil des chapitres, d’étage en étage, mêlant les espaces architecturés du bâtiment aux dispositifs narratifs. Deux voies s’y croisent : celle de la verticalité de la tour et d’un univers halluciné poussé vers le haut, vers un ciel électrisé au néon ; et celle de l’horizontalité du palier, qui pénètre l’atmosphère tendue et triste des familles. Misère, solitude et dépression s’érigent ainsi à l’intérieur de douze étages et tissent le drame humain que Benchetrit transforme savamment en épisodes sordides, teintés d’humour, qui nous laissent toujours l’ombre d’un sourire amer. L’univers gris de la banlieue est ici recréé dans toute son humanité et s’affiche au lecteur comme le véritable décor et théâtre de l’ouvrage. L’espace suburbain compose alors l’image matricielle du texte et fonde son architecture autour d’un seul regard, celui d’un Benchetrit écrivain encore adolescent, impertinent et courageux face à la vie. Image symbolique de l’émargination, la tour est ainsi ce lieu non-lieu sclérosé, presque surréel, qui vous enferme et abrutit et duquel Benchetrit veut à tout prix échapper. Tel un nouvel Ulysse ou Rastignac des temps modernes, il lance son défi aux colonnes infranchissables de la banlieue pour s’adresser à Paris, du toit de sa tour, et se faire porteur d’une image autre d’un espace socio urbain multiethnique fortement humanisé.
Samuel Benchetrit, autosociofiction, banlieue, architecture, émargination
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Utilizza questo identificativo per citare o creare un link a questo documento: https://hdl.handle.net/20.500.11769/332325
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