Les inter-dits dans les transpositions identitaires et narratives de Maurice Sachs

IMPELLIZZERI fabrizio
2019

Maurice Sachs (1906-1945), écrivain « interdit » et volontairement négligé, est un des auteurs parmi les plus controversés que la littérature de l’entre-deux-guerres connaisse. Sa légende a fait de lui un être abject, sans talent, voué à la trahison et dont on évite bien volontiers toute sorte d’approche. Abandonné par sa famille, suite au divorce de ses parents, Sachs commence, dès son plus jeune âge, un parcours de l’errance qui commence par la recherche d’une morale, se poursuit par la quête de modèles et se termine enfin par une déchéance absolue qui le porte vers son exécution à Fuhlsbütten, le 14 avril 1945. Toute son existence s’érige ainsi sur l’être et le paraître « hors norme », sanctionné par ses parents comme le fruit d’une erreur conjugale. Juif de naissance, il se convertit d’abord au catholicisme puis au protestantisme. Il change de religion « comme de chemise » et son transformisme passe également par plusieurs travestissements, sexuels d’abord et identitaires par la suite. Sachs vit au-delà de tout tabou et les raisons de son insatiable métamorphose scellent de multiples inter-dits qui naissent d’une évidente instabilité sexuelle et d’un inévitable opportunisme lié à sa survivance. Pendant la Guerre, il ira jusqu’à franciser son nom en Saxe, ou encore il le reniera pour reprendre son patronyme, Ettinghausen, et sembler de la sorte plus « arien » et moins hébreux. Se dire ou déclarer « autre », c’est-à-dire s’inter-dire, se nier, s’effacer, ou encore se raconter à l’intérieur de l’écriture, est ainsi le leitmotiv d’une affirmation de soi qui passe bien sûr par un geste de transposition narrative. S’écrire, se révéler, est une manière de disparaître et de renaître sous une autre forme. L’œuvre de Sachs est donc le support choisit d’une chrysalide qui ne cesse de vivre, grâce à son écriture, les raisons mêmes de son amoralité. L’inversion se traduit par la transposition sexuelle du non-dit dans Le voile de Véronique (1926), son premier roman, et se poursuit, par le biais de l’autofiction narrative, du double « Je », dans Alias (1935), autre roman. Être ignoble, à l’identité censurée, Sachs l’est surtout dans sa définition oxymorique de juif-gestapiste qui l’enferme à jamais dans un interdit de silence et d’oubli, sans doute prisonnier de ce trait d’union « hors-normes » entre le dire et l’inter-dire.
Transposition sexuelle, travestissement narratif, autofiction, abjection, censure, préjugés historiques
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Utilizza questo identificativo per citare o creare un link a questo documento: http://hdl.handle.net/20.500.11769/371850
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